Diagnostiquer une tornade est un exercice délicat, qui demande une expertise spécifique et des techniques d'investigations adéquates. Les équipes de Keraunos mettent ainsi en oeuvre des explorations au sol et des investigations aériennes (survol en avion,...) afin de réaliser des expertises détaillées après chaque événement venteux destructeur. Cette expérience et ces techniques garantissent la fiabilité de la base de données des tornades françaises établie par l'Observatoire. 
Face à cela, on voit souvent reproché aux medias leur usage immodéré de l'expression "mini-tornade". Néanmoins, on ne peut exiger des journalistes qu'ils acquièrent la technicité nécessaire au diagnostic de tornade. Le terme répandu de "mini-tornade" est ainsi devenu une manière commode de désigner des phénomènes venteux de nature indéterminée, que ce soit dans la presse écrite ou dans les medias télévisuels. 
L'inconvénient de cette dénomination, outre le fait qu'elle ne couvre aucune réalité météorologique, est de mettre sur le même plan des phénomènes classiques (rafale descendante) et des événements exceptionnels (la tornade EF4 de Hautmont, pourtant remarquable par son intensité, a ainsi été qualifiée de "mini-tornade"). On note toutefois une attention croissante des medias sur ce sujet, qui se traduit par une consultation de plus en plus systématique des conclusions émises par l'Observatoire Keraunos afin de préciser les contenus diffusés dans la presse ou sur les chaînes de télévision. 

Cette évolution, très positive, qui consiste à appeler les tornades par leur vrai nom, voit toutefois une tendance inverse s'épanouir de plus en plus nettement. Cette nouvelle mode consiste à considérer comme des tornades des phénomènes qui n'en sont pas. Beaucoup plus répandue sur les réseaux sociaux et les sites Internet que dans les medias, cette propension à voir des tornades là où il n'y en a pas introduit une fausse idée de multiplication effrénée des phénomènes de tornades sur notre territoire et conduit à des effets tout aussi dommageables que l'usage de l'expression "mini-tornade". Voire même davantage dans la mesure où, à la différence de la "mini-tornade" - dont chacun sait qu'elle ne désigne rien de précis - , la tornade désigne un phénomène réel, doté d'une définition scientifique explicite, qui exige dès lors un usage rigoureux. 

Ainsi, parmi les innombrables fausses tornades qui circulent notamment sur Internet, trois types emblématiques ont été sélectionnés afin d'illustrer ces leurres, qui aiment à prendre toutes les apparences des tornades, mais qu'une analyse détaillée permet de démasquer.
 

Les aspirations saturées non tornadiques

Ce type de phénomène se produit lorsque l'air proche du sol, soulevé et "aspiré" par un orage en approche, présente une humidité relative très forte. Une saturation se produit alors rapidement et des lambeaux nuageux viennent s'étirer entre le sol et la base nuageuse, laissant croire à une tornade. Il arrive parfois que ces aspirations soient massives et que des apparences de tornade large soient observées. Fausse tornade près de Longwy. Capture d'une vidéo réalisée par Valentin Séverin

Capture d'une vidéo réalisée par Valentin Séverin
 

La rafale descendante

Un phénomène venteux localisé, virulent et peu durable : tout peut laisser penser qu'une tornade s'est abattue. Un quotidien titrait d'ailleurs "Une tornade dans le village", et précisait : "Pendant huit minutes, une tornade a traversé la commune, provoquant de nombreux dégâts dans les propriétés et les exploitations agricoles"

Mais sous les allures d'un diagnostic évident se dissimulait en réalité l'une des plus belles fausses tornades de l'année 2013. En effet, la conclusion d'une tornade n'a pu résister à l'analyse détaillée des événements : l'enquête menée par Keraunos a permis de mettre en évidence un phénomène tout autre, à savoir une microrafale. La nature et la répartition des dommages, corrélée aux témoignages recueillis, se sont révélés incohérents avec un phénomène tourbillonnaire, et à l'inverse tout à fait typiques des violentes rafales descendantes concentrées et linéaires qui caractérisent le phénomène de microrafale.
 

Le diable de poussière

Le 8 juillet, vers 18 heures, les réseaux sociaux s'animent et plusieurs signalements nous sont transmis : une tornade se serait abattue sur Saint-Etienne, sans faire a priori de dommages importants. Les témoins font état d'un tourbillon parfaitement explicite et virulent, s'élevant dans le ciel. 

Et pourtant, sous toutes les apparences d'un phénomène qui ressemblait trait pour trait à une tornade pour un oeil peu exercé (voir ci-dessous), c'est un superbe tourbillon de poussière (dustdevil) qui s'est en réalité formé sur Saint-Etienne cet après-midi là. Spectaculaire mais peu dangereux, ce type de tourbillon se développe généralement par temps chaud et peu venté. 

Encore un cas de fausse tornade qui aurait pu, à tort, constituer la cinquième tornade recensée sur ce département. 


Tanguy DUTEY via Facebook