La compilation des données kérauniques de printemps 2018 est achevée, KERAUNOS publie le bilan de l'activité orageuse observée au cours des mois de mars, avril et mai 2018. 

Une instabilité très supérieure à la normale

A échelle nationale, le printemps 2018 présente une instabilité très supérieure à la normale avec un excédent de +68%. Ce printemps arrive ainsi en deuxième position des printemps les plus instables en France depuis la fin des années 1940, juste derrière le printemps 1971, qui conserve la première place.

Les trois mois ont tous été excédentaires en termes d'instabilité, avec respectivement +97% en mars (6ème mois de mars le plus instable), +28% en avril et +81% en mai (2ème mois de mai le plus instable).

La carte ci-dessous témoigne de cette situation remarquable, notamment sur la moitié est du pays, et en particulier en vallée du Rhône et sur le Roussillon où l'instabilité a été le double de la normale (excédent de +100%). Des Charentes à la Bretagne et de la Normandie aux Hauts-de-France, l'anomalie a été moins marquée ; le printemps 2018 arrive généralement entre la 10ème et la 15ème position depuis la fin des années 1940 sur ces régions.





Des orages extrêmement nombreux et souvent intenses

Sur les trois mois de printemps, la France a compté 84 jours d'orage, soit 16 jours de plus que la moyenne 2009-2017. Ces valeurs sont très supérieures à celles relevées lors du printemps 2017 et dignes d'un plein été, faisant de ce printemps 2018 le plus orageux depuis au moins 10 ans sur la France.
 
C'est sur le département des Alpes-de-Haute-Provence que l'activité orageuse a été la plus fréquente avec 44 jours d'orage. Ensuite, c'est également près des reliefs, sur les Pyrénées-Atlantiques que l'activité a été la plus fréquente avec plus de 40 jours d'orage.
Les départements les moins orageux (hormis Paris et une partie de la petite couronne dont les données sont à relativiser en raison des superficies départementales) sont situés sur la Bretagne mais l'on y dénombre quand même 14 à 15 jours d'orage, soit là aussi des valeur très remarquables
 
De fait, par rapport à la moyenne 2009-2017, tous les départements français enregistrent un excédent parfois exceptionnel avec +25 jours d'orage sur le Vaucluse et généralement +20 à +24 jours d'orage sur les départements de PACA.  On note également +30 jours d'orage sur les départements pyrénéens, le Massif-Central et les reliefs de l'est (Alpes du nord, Jura, Vosges). 
 
Les orages ont été souvent assez sévères durant le printemps, avec plusieurs dégradations orageuses organisées, surtout fin avril et en dernière décade de mai. On compte ainsi 33 jours avec orage fort,  9 jours avec orage violent et 1 jour avec orage extrême. Là encore les scores sont particulièrement remarquables.



Si l'on considère l'indice de sévérité orageuse (I.S.O.) moyen de ce printemps, le score ressort à 4,96, soit une valeur en très nette hausse par rapport à l'année dernière et la plus forte valeur de tous les printemps depuis 2009. 
La journée la plus orageuse de ce printemps 2018 est celle du 28 mai avec un I.S.O qui atteint 27,9. 



Quels régimes de temps ont dominé ce printemps ?

En moyenne, sur ces trois mois, les bas géopotentiels ont prédominé sur le proche Atlantique et l'Espagne, tandis que des hautes pressions persistantes ont concerné la Scandinavie. Il en a résulté des flux dominants de secteur sud à sud-est sur la majeure partie de la France, voire de secteur est sur les régions du nord et celles proches de la Manche.
On a observé en effet durant cette saison une vaste zone d'anomalie négative du géopotentiel 500 hPa de l'Espagne au sud du Groenland, avec un minimum au large de l'Irlande. Les anomalies positives les plus marquées se sont concentrées sur le centre de la Suède durant ce printemps. 
 
Conséquemment, les vents en haute troposphère ont été plus faibles que la normale sur l'ensemble du pays, le courant-jet étant fréquemment dévié vers le sud de l'Espagne et le nord de l'Afrique dans ces conditions. Ceci témoigne de conditions synoptiques souvent peu dynamiques, propices à des orages peu mobiles et très pluvieux.
 
Anomalie du géopotentiel à 500 hPa (à gauche) et du vent zonal à 300 hPa (à droite)
 
 
Les deux cartes ci-dessous présentent l'anomalie de l'instabilité de la masse d'air et de la température vers 1.500 mètres d'altitude au cours du printemps 2018.

On constate globalement une instabilité fortement excédentaire sur le sud et l'est de la France, ainsi que sur tout le sud de l'Europe d'une manière générale. Des déficits marqués ont en revanche été observés en Russie, en Scandinavie, sur l'Atlantique et les Etats-Unis.
Les anomalies de températures ont été particulièrement contrastées durant ce printemps 2018 à l'échelle hémisphérique : des excédents marqués ont concerné une grande partie de l'Europe ainsi que les régions polaires, tandis que de fortes anomalies froides étaient observées du Cap Vert à l'Andalousie et en Russie. En France, le printemps a été nettement plus chaud que la normale près des frontières belges et allemandes notamment.
 
Anomalie du MULI (à gauche) et de la température à 850 hPa (à droite)