Le 9 novembre 2018, en cours de nuit, une tornade de faible intensité (bas de l'échelon EF1) traverse plusieurs communes de l'Est de l'agglomération de Montpellier (Hérault), dont Lattes et surtout le Crès qui apparaît la plus touchée. Le phénomène survole notamment plusieurs quartiers résidentiels et une zone commerciale.

Il est à noter que cette partie du département de l'Hérault connaît une occurrence remarquable de tornades à l'échelle nationale. Parmi les communes traversées par le phénomène du 9 novembre 2018, certaines ont déjà subi une tornade dans le passé : Montpellier et Lattes le 19 septembre 2000, Saint-Aunès le 14 septembre 2006. Si on remonte encore dans le temps, le territoire voisin de Vendargues avait été touché par une tornade EF2 le 11 octobre 1861.
 

Principales caractéristiques de la tornade

* intensité maximale : EF1, soit des vents estimés entre 135 km/h et 175 km/h
* distance parcourue : 8,1 kilomètres (distance minimale certaine)
* largeur moyenne : 150 mètres (jusqu'à 250 mètres)

* communes traversées : LATTES (Boirargues) ; [MONTPELLIER] ; SAINT-AUNÈS (chemin de l'Ancienne Poste) ; LE CRÈS (D613, les Baléares, le Salaison)
* département : HÉRAULT (34)
* altitude moyenne du terrain : 40 mètres
* type de terrain : tissu urbain discontinu ; zones industrielles et commerciales ; équipements sportifs et de loisirs ; terres arables hors périmètre d'irrigation ; vignobles ; systèmes culturaux et parcellaires complexes

* principaux dégâts : arbres feuillus déracinés et conifères sectionnés ; habitations et bâtiments publics endommagés (tuiles délogées, pans de toitures arrachés, cheminées écroulées) ; mobilier de jardin emporté ou détruit ; plusieurs bâtiments commerciaux touchés ; projections de débris à distance (morceaux de bois, tuiles, tôles)

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée (English version). Cette version de l'échelle EF, élaborée et mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen et permet ainsi une notation précise des tornades, valable autant pour les tornades contemporaines que pour les tornades du passé, et homogène internationalement.
 

Trajectoire de la tornade



© Keraunos (fond de carte : Géoportail)

Une tornade qui agit par bonds

La tornade du Crès du 9 novembre 2018 a pu être identifiée à l'appui d'une enquête de terrain effectuée par Vincent Deligny pour Keraunos. L'analyse des dommages au niveau du sol met en évidence un axe de convergence entre Lattes (quartier de Boirargues) et le nord du Crès, soit une trajectoire certaine de 8,1 kilomètres et un sens de déplacement du Sud/Sud-Ouest vers le Nord/Nord-Est (190°). Le long de cette trajectoire, les dégâts - très irréguliers - sont observés sur une largeur inégale comprise entre 50 mètres et 250 mètres.

Fait original, le couloir de dégâts s'interrompt sur une distance de 5 kilomètres, ce qui laisse supposer que le tourbillon a connu une période d'altération, voire de rétractation sur cette portion de trajectoire. Cette situation tend à confirmer l'hypothèse d'une tornade peu structurée qui semble avoir agi par bonds.

Les premiers dommages de nature tornadique sont identifiés à Lattes, dans le quartier de Boirargues. Le tourbillon endommage principalement des habitations et des arbres dans le périmètre du rond-point de Champollion, de la rue des Chasselas et du plan des Aramons. Un axe de convergence est identifié dans le sens de chute des arbres. Il est à préciser que des dommages sont également signalés à la Cougourlude, mais leur nature tourbillonnaire n'a pas pu être démontrée d'autant qu'ils se situent légèrement en périphérie de l'axe principal.

Au-delà du quartier de Boirargues, les dégâts cessent sur un parcours d'environ 5 kilomètres sur tout le territoire communal de Montpellier. Le quartier de Grammont, pourtant situé dans l'axe parcouru par le tourbillon, est épargné, même si des vents forts sont signalés dans le secteur. Ce n'est qu'au sud-ouest de Saint-Aunès, dans le périmètre du chemin de l'Ancienne Poste, que les dégâts réapparaissent. A cet endroit, la végétation est endommagée par le vent dans la direction de la voie de chemin de fer.

En arrivant dans l'agglomération du Crès, la tornade déploie son maximum d'intensité entre la D613 et le quartier des Baléares. Dans une zone commerciale située le long de la route de Nîmes (D613), trois magasins sont touchés. Dans la jardinerie VillaVerde, un abri à charriots est arraché par le vent et bon nombre d'articles stockés à l'extérieur sont déplacés. Plus loin, la toiture du magasin Foir'Fouille est en partie arrachée et les tôles sont emportées à distance. Des baies vitrées sont également descellées. Enfin, on note un décollement par aspiration de la façade nord du magasin Carrefour. Dans tout ce périmètre, l’électricité est coupée à 2h18 locales. Sur l'aire de stationnement, la plupart des arbres sont couchés ou sectionnés à leur base ; le sens de chute permet à nouveau d'identifier un axe de convergence.

La tornade survole ensuite plusieurs quartiers résidentiels (les Baléares, le Salaison) ainsi que l'école élémentaire Emile Barrès. On retrouve les dommages suivants : pans de toitures arrachés sur une faible superficie, vérandas soufflées, cheminées écroulées, mobilier de jardin emporté à distance, arbres couchés ou sectionnés. Des tôles en provenance de la zone commerciale sont même retrouvées dans certains jardins situés à proximité. Ça et là, de menus débris sont fichés dans les murs.

Au-delà du quartier du Salaison, d'autres dommages sont signalés en direction de Vendargues et de Teyran, mais leur nature tourbillonnaire n'a pas pu être prouvée.

Compte tenu des dommages observés (notamment dans la zone commerciale), la tornade du Crès du 9 novembre 2018 peut être classée en intensité maximale EF1 (bas de l'échelon) sur l'échelle de Fujita améliorée.

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Photographie des principaux dommages :


Tornade EF1 du Crès (Hérault) du 9 novembre 2018. Vue panoramique de l'aire de stationnement. Axe de convergence identifié dans le sens de chute des arbres. © Vincent Deligny
© Vincent Deligny

© Vincent Deligny

Analyse de la situation météorologique

La cellule orageuse à l’origine de la tornade du Crès s’est formée au sein d’un très rapide flux de SO à SSO, en sortie gauche immédiate d’un jet streak positionné alors aux abords de la Catalogne. Ce maximum de courant-jet, piloté par un axe de thalweg étiré de l’Angleterre au Maroc, est bien visible sur la carte ci-dessous à gauche avec des valeurs > 200 km/h à 250 hPa (soit vers 10.000 mètres d’altitude). Dans le même temps, au sol, un axe de thalweg était en cours de formation des Pyrénées aux Baléares (voir ci-dessous à droite), prémices d’un creusement dépressionnaire qui allait s’organiser sur la Catalogne au cours des heures suivantes.


Cette configuration a accentué les vents de SSE près du sol sur le département de l’Hérault, générant des profils favorablement cisaillés en direction et en vitesse d’une part, et accentuant conjointement les advections d’air doux et humide en basses couches d’autre part, qui sont venues converger vers la région de Montpellier (voir la carte des thêta’w à 850 hPa ci-dessous à gauche). Ces advections ont contribué à instabiliser les profils verticaux près des littoraux, comme l’illustre la carte de MUCAPE ci-dessous à droite, assurant ainsi un contexte à la fois instable et dynamique sur ce secteur.


Un profil vertical a été reconstitué pour le secteur du Crès à l’heure de la tornade, sur la base de données de réanalyses, des données des stations météorologiques au sol et des modèles numériques opérationnels à haute résolution. Il confirme la présence d’une instabilité latente assez marquée (MUCAPE de 570 J/kg et MULI de -3 K), avec des niveaux d’équilibre élevés pour la saison (> 8 km), un niveau de condensation bas et des intrusions d’air plus sec à l’étage moyen. Les cisaillements profonds sont par ailleurs marqués (22,6 m/s sur 0-6 km), ainsi que l’hélicité relative, en particulier dans les très basses couches (> 100 m²/s² sur 0-1 km).


Analyse de la cellule orageuse

L’analyse des images radar met en évidence la présence, dès le milieu de nuit du 8 au 9 novembre, d’une série de cellules convectives alignées dans le flux selon un axe sud-nord, entre le Golfe du Lion et le nord du Gard.
Certaines de ces cellules sont actives et l’une d’elles en particulier remonte par la mer en direction de Lattes (Hérault) tout en présentant de fortes réflectivités radar à partir de 01h45 locales. Elle aborde le littoral héraultais peu avant 02h00 locales en restant très active, franchit Lattes et se présente ensuite sur l’est de l’agglomération montpelliéraine.
Vers 02h15 locales, des signes de dédoublement cellulaire sont identifiables (splitting storm), avec un moteur droit qui dérive légèrement vers la droite du flux pour prendre la direction du Crès, et un moteur gauche dont le transit s’incurve vers le NNO, en direction de Saint-Clément-de-Rivière. Les deux cellules conservent ensuite de fortes réflectivités durant environ une heure, avant de se fondre dans les corps pluvieux des cellules environnantes.

Ces éléments laissent penser que la tornade du Crès est issue d’une supercellule, vraisemblablement amorcée en mer et arrivant à maturité peu après son entrée dans les terres. La phase tornadique, d’une durée estimée entre 12 et 14 minutes, s’est ainsi, selon toute vraisemblance, amorcée dans les minutes qui ont suivi le split, soit relativement tôt par rapport au cycle de vie classique d’une supercellule.


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