Le 5 mars 2017, vers 16 heures locales, une tornade de faible intensité (EF1) traverse plusieurs communes bourguignonnes situées au sud d'Auxerre, dont Vermenton (Yonne) qui apparaît la plus touchée. Le phénomène, qui a parcouru une trajectoire remarquable de plus de 30 kilomètres, a essentiellement survolé des parcelles forestières ou des territoires agricoles.
 

Principales caractéristiques de la tornade

* intensité maximale : EF1, soit des vents estimés entre 135 km/h et 175 km/h
* distance parcourue : 31,8 kilomètres
* largeur moyenne : 100 mètres (jusqu'à 250 mètres)

* communes traversées : ESCAMPS (bois de Pousselange, les Champs Marchand, Clacot), GY-L'ÉVÊQUE (bois de la Garenne, vallée du Cul-de-Sac, les Chaudins, bois des Fossés), COULANGES-LA-VINEUSE (côte du Vau Gland, vallée de Droit à Vent, bois de la Conge), VINCELLES (Petite Garenne, vallée du Tilleau), BAZARNES (avenue de la Gare, canal du Nivernais, l'Yonne), CRAVANT (l'Yonne, la Cure, les Bouchots, le Vieux Moulin, les Migraines), ACCOLAY, VERMENTON (le Moulinot, Nord, gendarmerie, collège, cimetière, les Bauvois, le Val du Puits, Côte Poinsot, vallée du ru de Sacy, bois de Sacy, les Aubues, D11), JOUX-LA-VILLE (poste électrique)
* département : YONNE (89)
* altitude moyenne du terrain : 200 mètres (entre 109 mètres et 286 mètres)
* type de terrain : tissu urbain discontinu ; terres arables hors périmètre d'irrigation ; vergers et petits fruits ; prairies ; forêts de feuillus ; forêts mélangées ; forêts de conifères

* principaux dégâts : arbres feuillus déracinés ou brisés, arbres résineux sectionnés à mi-hauteur, parcelles forestières endommagées, toitures d'habitations atteintes (tuiles délogées ou couverture partiellement enlevée jusqu'à 30% de la surface du toit, antennes pliées, vitres brisées), plusieurs toitures en éverite très partiellement arrachées, un entrepôt partiellement détruit avec projection d'éléments de toiture à distance, une benne retournée, un semi-remorque couché, plusieurs stèles renversées dans le cimetière de Vermenton, faibles projections de débris et de branches

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Parcours de la tornade 



© Keraunos (fond de carte : Géoportail)


Une trajectoire remarquable de 31,8 kilomètres

Une enquête de terrain a été réalisée par Keraunos suite à cet événement, en présence d'Arthur Hélène, chasseur d'orage qui a assisté directement au phénomène.

Il en ressort que la tornade EF1 de Vermenton du 5 mars 2017 a parcouru une trajectoire totale exceptionnelle de 31,8 kilomètres, selon une largeur variable comprise entre quelques dizaines de mètres et 250 mètres pour la partie la plus évasée. Compte tenu du comportement du tourbillon, qui a pu être reconstitué à l'appui d'un inventaire des dommages au niveau du sol, il apparaît que la tornade de Vermenton a été influencée par le relief, en lui imposant notamment des variations rapides et successives d'état, de largeur, et d'intensité.


© Keraunos (fond de carte : Google Maps)


Les premières traces du phénomène sont identifiées au sud d'Escamps, dans le bois de Pousselange, à 240 mètres d'altitude. Là, quelques pins adultes sont étêtés et des feuillus ébranchés. Un axe de convergence est immédiatement identifié dans le sens de chute d'arbrisseaux, couchés en lisière de bois. Selon une trajectoire Ouest-Est (280°), la tornade poursuit sa route vers la vallée de l'Yonne, et franchit successivement points culminants et vallons en produisant l'essentiel des dommages dans les points bas ou à flanc de coteau. Ainsi, dans la vallée du ru de Baulches, une parcelle de forêt est bien endommagée entre Clacot et la Côte Dion. Les aspirations périphériques atteignent déjà 200 mètres. A l'inverse, les parcelles hautes des bois de Gy-l'Evêque subissent des dégâts moindres, hormis dans une petite dépression naturelle nommée Vallée du Cul-de-Sac, qui subit des dommages plus importants : arbres résineux ou feuillus sectionnés, faibles projections.

A Coulanges-la-Vineuse, la tornade emprunte la vallée de Droit à Vent. Les vergers qui recouvrent les flancs de coteaux résistent et ne subissent aucun dommage notable. A l'inverse, les parcelles forestières situées en contrebas sont de nouveau bien endommagées : arbres feuillus sectionnés ou déracinés, faibles projections de branches à distance. Les mêmes dommages se reproduisent au bois de la Conge, dont le coteau exposé vers l'Ouest, planté de résineux, est endommagé sur une largeur comprise entre 100 et 150 mètres (les arbres sont pour la plupart sectionnés à mi-hauteur). Dans les bois de Vincelles, la végétation est endommagée de la même manière, en fonction du relief.

Dans la vallée de l'Yonne, la tornade traverse des territoires artificialisés entre la gare de Cravant-Bazarnes et une petite zone d'activités. Quelques bâtiments sont endommagés (portions de toitures en éverite arrachées et projetées à faible distance, palettes renversées ou déplacées). A Cravant, un semi-remorque est même couché par le vent. En quittant la vallée, la tornade se heurte à un important coteau qui semble légèrement influencer sa trajectoire. En effet, l'axe de déplacement subit une légère inflexion à partir de cet endroit et la tornade évolue un peu plus vers l'Est/Sud-Est. Après avoir survolé les coteaux escarpés d'Accolay, la tornade entre sur le territoire de Vermenton à partir du Moulinot.

Dans le bourg de Vermenton, la tornade frappe environ 40 habitations au nord de la rue du Général Leclerc sur une largeur moyenne de 100 mètres. Dans le périmètre qui s'étire de la rue de la Marseillaise au cimetière, des toitures d'habitations sont endommagées (au pire, 30% des tuiles sont arrachées du toit), des arbres sectionnés, des pylônes électriques couchés, des lampadaires pliés. Entre la rue des Cloux et la route de Chablis, les dégâts sont plus importants : deux entrepôts sont partiellement détruits et des éléments de toitures projetés jusqu'à 100 mètres de distance. La structure en bois, qui offrait une forte prise au vent, n'a pas résisté. Plus loin, la tornade retourne une benne puis survole la gendarmerie et le collège qui subissent des dommages mineurs. Enfin, dans le cimetière, le tourbillon renverse plusieurs stèles, dont certaines se brisent dans leur chute.

Au-delà de l'agglomération de Vermenton, la tornade traverse encore plusieurs parcelles forestières du territoire annexé de Sacy, entres les deux points extrêmes de la vallée du ru de Sacy qui décrit un demi-cercle. La bande sinistrée se réduit à quelques dizaines de mètres. Enfin, en bordure du poste électrique de Joux-la-Ville, la tornade traverse une dernière petite parcelle arborée, où un pin est partiellement sectionné. Au-delà de ce point, plus aucun dégât associé au phénomène n'est perceptible.




Une tornade photographiée

Le chasseur d'orages Arthur Hélène était posté en périphérie sud de la trajectoire de la tornade, au niveau de la N151 à hauteur de Merry-Sec. Il a pu la photographier lors de son passage entre Escamps et les bois de Gy-l'Évêque. On note sur ses clichés un phénomène bien structuré et relativement large, mais avec un tuba très partiellement condensé :

© Arthur Hélène


Analyse de la situation météorologique

La tornade de Vermenton s'est formée sous une cellule orageuse isolée mais active et durable, qui a traversé le département de l'Yonne d'ouest en est entre 15h15 locales et 16h45 locales. L'analyse des caractéristiques de cette cellule laisse penser qu'il s'agit vraisemblablement d'une supercellule LT, ce qui expliquerait par ailleurs sa longévité (la durée du contact au sol de la tornade est évaluée à 26 minutes).

La situation synoptique était dominée par une sortie gauche de courant-jet fortement diffluente sur la Bourgogne durant l'après-midi du 5 mars (ci-dessous à gauche). Celle-ci véhiculait un thalweg bien froid à l'étage moyen, comme l'illustre le champ de température à 500 hPa (vers 5.500 mètres d'altitude) du modèle WRF 10 km Europe (ci-dessous à droite).



Dans cette configuration, une forte instabilité de masse d'air froid a concerné les abords de l'Yonne dans l'après-midi du 5 mars (ci-dessous à gauche), dans un contexte par ailleurs fortement cisaillé et dès lors propice aux développements supercellulaires, comme l'illustre le champ de SCP (ci-dessous à droite).



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