Une vague de douceur exceptionnelle pour une fin mars concerne actuellement l’ensemble de la France. Les températures ont atteint des niveaux jamais vus en mars sur plusieurs régions hier et aujourd’hui, et plus du tiers des stations météorologiques françaises enregistrent de nouveaux records mensuels à l'occasion de cet épisode.

Après cette parenthèse quasi estivale, liée à un puissant flux de sud, ce sont des conditions bien différentes qui semblent devoir gagner la France en début de semaine prochaine : un flux inverse, orienté plein nord, pourrait en effet se mettre en place entre des hautes pressions positionnées sur le Groenland et un système dépressionnaire en Scandinavie. Celui-ci dirigerait alors sur notre pays une masse d’air très froid en provenance directe des régions arctiques. Le contraste serait alors saisissant, avec 15 à parfois 20°C perdus en quelques jours.
 
Le modèle américain GFS suggère cette évolution depuis plusieurs jours, et cette tendance est désormais partagée par d’autres modèles internationaux, dont celui du centre européen de prévision. La fiabilité de la prévision commence donc à s’accroître. Même s’il demeure des incertitudes, ce passage brutal de conditions estivales à des conditions nettement plus hivernales se ferait remarquer par un possible retour de chutes de neige jusqu’en plaine, dans des régions où les températures avoisinent actuellement 25°C.

Cette descente arctique est bien illustrée par la température prévue à 850 hPa, soit vers 1.500 mètres d’altitude, dans le dernier run du modèle WRF 10 km Europe. On y voit la masse d’air d’origine saharienne, actuellement propulsée jusque sur la France, être balayée par une descente froide rapide et intense en début de semaine prochaine.
 
 

Quelques orages possibles

Le cas échéant, la masse d’air serait modérément instable, notamment sur les régions du nord, comme l'illustrent ci-dessous les deux cartes de l'instabilité prévue lundi et mardi prochains. On pourrait ainsi observer des averses parfois orageuses en début de semaine, accompagnées de grésil voire de grêle, ainsi que de neige à très basse altitude.
 
 

Un rappel de 1968 ?

Si cette prévision devait se confirmer, on retrouverait un scénario voisin de celui déjà observé à la même époque en 1968 : cette année-là, après des records de chaleur atteints à la fin du mois de mars, une vague de froid venue des latitudes arctiques avait marqué le début du mois d’avril. La dynamique avait été identique à celle prévue pour le moment ces prochains jours, avec un déclenchement de la coulée arctique sous l’influence de hautes pressions sur le Groenland, au sein d’un flux de nord accéléré par une dépression scandinave.
Les deux cartes ci-dessous témoignent de la proximité entre la situation prévue et celle observée en 1968, avec dans un premier temps la situation de flux de sud très chaud à la fin du mois de mars, et plus bas la situation de flux de nord très froid au début du mois d'avril :
 



Les prochains jours nous diront si cette tendance se confirme et place, ou non, le début du mois d’avril 2021 sous le signe d’un rappel hivernal tardif.