L'immense majorité des tornades françaises présente des intensités faibles. Les tornades très fortes ou violentes ne se rencontrent, en moyenne, qu'une fois tous les 15 ans en France.

Quelles sont les proportions de tornades faibles, modérées ou fortes en France ?

L'analyse statistique de l'intensité des tornades en France implique de s'interroger sur la proportion de tornades qui échappent au recensement. En effet, la probabilité qu'une tornade demeure inconnue du recensement est d'autant plus élevée que cette tornade est d'intensité faible.

Un travail spécifique a été mené au sein de KERAUNOS pour estimer ce taux de non-recensement et corriger en conséquence la volumétrie des cas recensés.
Les conclusions de l'équipe de KERAUNOS, présentées lors du séminaire KERAUNOS de 2010, parviennent notamment au fait qu'il est probable que plus d'une tornade sur deux de très faible intensité (EF0) échappe au recensement, dans les années récentes, malgré une qualité et une exhaustivité de recensement très largement accrues depuis la mise en place de l'Observatoire. Les taux de non-recensement sont d'autant plus significatifs que l'intensité est faible et l'époque reculée, à ceci près que certaines périodes relativement récentes pâtissent de taux de non-recensement transitoirement plus significatifs (dans les années 1950 à 1970 par exemple).

Les deux graphiques ci-dessous présentent la ventilation estimée réelle des tornades françaises par intensité. Cette estimation est réalisée en corrigeant le volume de cas recensés par un taux de non-recensement appliqué aux diverses périodes historiques et actuelles.
Il en ressort notamment que près de 7 tornades sur 10, sur le sol français, sont de très faible intensité, et plus de 9 sur 10 d'intensité faible ou très faible. Les tornades d'intensité modérée à violente ne représentent pour leur part que 5% des tornades.


Il est intéressant de noter que ce résultat est très proche, dans ses grandes masses, des constatations établies par des études portant sur les observations faites aux Etats-Unis. Dans le détail, on note toutefois une proportion plus marquée des intensités EF2 et supérieures sur le continent américain : les intensités EF2 et EF3 représentent entre 10 et 12% des tornades recensées aux Etats-Unis (contre une estimation de 5% en France) ; les intensités EF4 et EF5 représentent pour leur part entre 0,5 et 0,7% des tornades américaines (contre une estimation de 0,2% pour la France). La proportion de fortes tornades semble donc être plus faible en France qu'aux Etats-Unis.

Les tornades sont-elles plus fortes en été qu'en hiver ?

L'analyse des cas recensés fait apparaître que les tornades les plus intenses se rencontrent pour l'essentiel en saison chaude. Cette relative saisonnalité des tornades de forte intensité devient perceptible à partir du niveau d'intensité EF3 et s'accentue pour les tornades d'intensité EF4, qui comptent pour 1% des tornades recensées en saison froide et pour 4% en saison chaude. Aucune tornade d'intensité EF5 n'a jusqu'à présent été recensée en saison froide.

Où rencontre-t-on les plus fortes tornades en France ?

Même si l'on ne peut apporter une réponse catégorique dans ce domaine, il apparaît néanmoins que la répartition géographique par intensités est relativement homogène jusqu'à l'intensité EF3. Aucune région ne semble en effet se distinguer réellement sur ces niveaux d'intensité, comme le montre la carte ci-contre.
 
Pour ce qui concerne plus spécifiquement les tornades de très forte intensité (EF4 et EF5), trois zones géographiques distinctes s'illustrent par des concentrations un peu plus marquées : d'une part l'Hérault et l'Aude, d'autre part les environs du Jura, et enfin le Nord - Pas de Calais. Néanmoins, le nombre de cas est trop limité à ce jour dans cette catégorie d'intensités pour permettre une analyse réellement représentative. Quelques décennies d'observations seront vraisemblablement encore nécessaires pour valider ou infirmer ce constat.

Densité comparée des tornades EF3 à EF5 en France et aux Etats-Unis

Les tornades de forte intensité (EF3 à EF5) présentent l'avantage de bénéficier d'un très bon niveau de recensement en France comme aux Etats-Unis. Cela permet quelques comparaisons, à prendre toutefois avec les précautions d'usage dans ce domaine climatologique si particulier.
L'étude que Keraunos a menée pour la France sur la période 1960-2010 fait ressortir une moyenne nationale de 0,01 cas de tornade de forte intensité pour 10.000 km² par an. Cette densité représente 5% de celle observée dans la Tornado Alley. En d'autres termes, la densité de fortes tornades en France est 20 fois plus faible que celle observée dans le sud et le centre des Etats-Unis. Il est intéressant de noter que cette conclusion rejoint celle de J. Dessens et de J.T. Snow dans leur étude publiée en 1989, qui estimait que le risque de fortes tornades en France représentait environ 7% de celui observé dans la Tornado Alley.
 
A noter par ailleurs que la région qui a enregistré la densité de fortes tornades la plus élevée en France au cours des dernières décennies, à savoir le Nord - Pas de Calais, présente une densité de 0,1 cas pour 10.000 km² par an (voir carte ci-dessus). Cette valeur, qui est 10 fois supérieure à la moyenne nationale, n'en reste pas moins 4 fois inférieure à celle de l'Oklahoma par exemple.

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