L'hiver 2018-2019 a été plus stable que la normale sur la France et a connu des orages assez peu fréquents de manière générale.


Petite cellule orageuse sur le Nord de la France, vue de Somain le 9 décembre 2018 - Pierrick CAGNON


Des orages assez peu fréquents surtout sur le littoral Atlantique

Sur les trois mois d'hiver, la France compte 30 jours d'orage soit 3 jours de moins que la moyenne 2009-2018, et 27 jours de moins que l'hiver précédent. Au cours de cet hiver 2019, c'est le mois de janvier qui a été le plus orageux en terme de fréquence, avec à lui seul près de la moitié des jours d'orage comptabilisés durant cette saison. 
 
La Corse se distingue de nouveau comme la région de France la plus fréquemment orageuse de la saison - fait déjà constaté au cours des trois derniers hivers - avec 12 jours d'orage sur la Corse-du-Sud et 9 jours sur la Haute-Corse. Ces deux départements arrivent en tête des plus orageux en France durant ce trimestre ; viennent ensuite les Pyrénées-Atlantiques, les Landes et le Tarn avec 8 jours puis certains départements des Hauts-de-France et est Normandie, de Lorraine et du Languedoc avec 7 jours.
Seuls deux départements (Hauts-de-Seine et Val-de-Marne) n'ont enregistré aucun jour d'orage mais cela est à relativiser compte tenu de la superficie de ces territoires..
 
Par rapport à la moyenne 2009-2018, c'est sur les Bouches-du-Rhône et le Finistère que l'anomalie négative est la plus marquée avec un déficit de -4 jours d'orage. On observe par ailleurs une anomalie négative (comme les deux hivers précédents) sur le littoral de l'Atlantique. 
A l'inverse, l'Aisne enregistre un excédent de +5 jours, l'Aude et la Haute-Marne de +4 jours. Mais la majeure partie du centre de la France n'observe aucune anomalie significative durant ce trimestre.
 
A noter que les orages ont été ponctuellement forts durant l'hiver. On comptabilise en effet 7 jours avec orage fort et 2 avec orage violent et 1 avec orage extrême. Les critères ont été remplis en raison de violentes rafales sous orage au passage de traînes tempétueuses.

 

Nombre de jours d'orage (à gauche) et écart à la moyenne 2009-2018 à droite
 
 
 
Si l'on considère l'indice de sévérité orageuse (I.S.O.) moyen de cet hiver, le score ressort à 0,41, soit une valeur inférieure à la moyenne de ces 10 derniers hivers et deux fois moins élevée que le score de l'hiver dernier. Au final, en terme d'indice de sévérité orageuse et de fréquence des orages, cet hiver ressemble à l'hiver 2016-2017.


Un hiver peu instable, notamment dans le sud-ouest du pays

A échelle nationale, cet hiver 2019 présente un déficit d'instabilité de 28%, ce qui contraste nettement avec l'hiver précédent, qui avait été plus instable que la normale, notamment sur les deux tiers sud du pays (excédent national de 26%). Cet hiver se positionne ainsi en dixième position des hivers les plus stables de ces 30 dernières années. Ce déficit d'instabilité a été assez régulièrement réparti sur l'ensemble de la saison ; janvier et février ont en effet été tous deux anormalement stables, décembre ayant pour sa part été proche de la normale.
 
C'est surtout sur les régions de l'ouest, du sud-ouest et près de la Méditerranée que le déficit est le plus significatif ; sur ces secteurs, il faut remonter à 2012, puis à 2000, pour retrouver un hiver plus stable. Partout ailleurs, à savoir sur la moitié nord-est du pays, le déficit d'instabilité a été moins marqué, avec généralement une MUCAPE moyenne inférieure de 10 à 20% à la normale.
Au total, c'est le département de la Somme qui a été le moins déficitaire en instabilité durant cette saison, à l'inverse des Pyrénées-Orientales, qui enregistrent le plus fort déficit national.



Anomalie de l’instabilité latente (MUCAPE) durant l'hiver 2018-2019

Quels régimes de temps ont dominé cet hiver ?

En moyenne, au cours de ces trois mois, des conditions régulièrement anticycloniques ont dominé sur l'Europe de l'ouest en général. En altitude, les hautes pressions se sont fréquemment positionnées de l'Espagne et de la France jusqu'à l'Islande et au Groenland. Dans ce contexte, c'est un flux généralement peu perturbé et dominé par des configurations de blocage qui a concerné la France. Par périodes, des systèmes perturbés actifs et venteux sont parvenus à s'immiscer jusque sur l'ouest de l'Europe, mais ceux-ci sont restés rares.

Si l'on se place à plus haute altitude, vers 10.000 m, on constate que le flux zonal qui tend à ceinturer l'Atlantique nord en cette saison est resté déstructuré
. Au plus près de la France, un léger excédent est constaté, en lien avec de fréquents flux de sud-ouest rapides sur le proche Atlantique, générés par les dorsales qui ont gagné la France de manière répétée.


Anomalie des géopotentiels à 500 hPa (à gauche) et des vents zonaux à 300 hPa (à droite)
 
 

Un hiver doux mais peu instable

Les deux cartes ci-dessous présentent l'anomalie du MULI (instabilité de la masse d'air) et de la température à 850 hPa (vers 1.500 mètres d'altitude) durant l'hiver 2019.

On remarque que le déficit d'instabilité observé en France (teinte bleue sur la carte ci-dessous à gauche) a concerné tout le sud-ouest de l'Europe ainsi que le Maghreb. Cette vaste zone peu instable est directement liée à l'anomalie anticyclonique constatée en altitude.
 
Au niveau de la température de la masse d'air, la carte ci-dessous à droite met en évidence une anomalie positive d'environ 2°C de la France à l’Écosse à 850 hPa (soit vers 1.500 m d'altitude) durant cet hiver. Dans le détail, sur la France, décembre a été excédentaire de 1,8°C, janvier déficitaire de -1,3°C et février excédentaire de 4,3°C. Il faut remonter à 1998 pour trouver un mois de février plus chaud à cette altitude, en moyenne, sur la France ; février 2019 arrive d'ailleurs en 2ème position des mois de février les plus chauds à 850 hPa depuis au moins 70 ans.
 
 Anomalie des MULI (à gauche) et des températures à 850 hPa (à droite)