Depuis le mi-février, des conditions très fortement anticycloniques et chaudes se sont mises en place sur la France et une bonne partie de l'Europe. Une puissante dorsale s'est développée le 20 février et s'est renforcée en deux phases, dès le 22 février puis à nouveau les 24, 25, 26 et 27 février. La masse d'air en place sur l'ouest de l'Europe s'est révélée particulièrement sèche et extrêmement douce pour la saison. 
Une multitude de records mensuels ont été battus en France mais aussi en Europe.

Chronologie des températures remarquables


Seuil de chaleur dès le 22 février dans le sud-est
A la faveur d'un vent orienté au nord sur le bassin languedocien et donc d'un petit effet de foehn, les températures se sont envolées sur l'Hérault en particulier, où plusieurs records mensuels ont été battus. Le seuil de chaleur (25°C) a ainsi été atteint dans l'intérieur de l'Hérault. Il a été par ailleurs relevé :

* 24.7°C à Béziers Courtade (34) - ancien record 23.5°C en février 2012
* 24.1°C à Saint Martin de Londres (34) - ancien record 23.1°C en février 2012
* 23.6°C à Montpellier (34) - ancien record 22.5°C en février 2012
* 23.1°C à Aigues-Mortes (30) - ancien record 21.6°C en février 2012
* 21.8°C à Sète (34) - ancien record 21.3°C en février 1989

A l'opposé, plusieurs stations de la côte Atlantique ont également établi de nouveaux records mensuels, pour certains battus de plus de 2°C, ce qui est considérable :

* 20.5°C à La Rochelle (17) - ancien record 17.8°C en février 2009
19.9°C à Noirmoutier (85) - ancien record 17.5°C en février 1998
* 16.7°C à l'Ile d'Yeu (85) - ancien record 16.4°C en février 2012


La douceur exceptionnelle gagne la Bretagne les 23 et 24 février puis le nord le 25
Le samedi 23 février, c'est sur la Bretagne que l'événement météorologique se concentrait avec de fréquents records mensuels. Les 20°C ont été dépassés sur la région. L'advection d'air très doux a été générée par le renforcement d'une dorsale anticyclonique du Maroc à l'Espagne et à la côte Atlantique. Les valeurs de géopotentiel sont devenues très importantes avec près de 590 dam sur le nord-ouest du pays à 500 hPa. Au niveau température, les records suivants ont été battus : 

20.5°C à Pleyber-Christ (29) - ancien record 19.1°C en février 1998
* 18.8°C à Dinard (35) - ancien record 18.7°C en février 1950
18.3°C à Lorient (56) - ancien record 17.6°C en février 1998
17.4°C à l'Ile d'Yeu (85) - ancien record 16.7°C en février 2019 (la veille)
16.9°C à Groix (56) - ancien record 16.6°C en février 1960

Dimanche 24 février, peu d'évolution avec le maintien des mêmes conditions, très anticycloniques sur l'ouest du pays situé dans la partie très douce de la dorsale. De nouveaux records sont ainsi tombés avec :

19.7°C à Landivisiau (29) - ancien record 18.5°C en février 1990
19.7°C à Brest (29) - ancien record 19.3°C en février 1960
* 18.6°C à Quimper (29) - ancien record 18.3°C en février 2004
18.4°C à Lorient (56) - ancien record 18.3°C en février 2019 (la veille)
* 16.6°C à Ouessant (29) - ancien record 15.2°C en février 2004
14.6°C à Belle-Ile (56) - ancien record 14.6°C (égalé) en février 1998

La cellule anticyclonique s'est un peu décalée vers l'est dès le 25 février, ramenant l'air très doux pour la saison jusqu'aux frontières du nord et au Benelux.
Deux records mensuels ont été battus :

* 20.2°C à Charleville-Mézières (08) - ancien record 17.5°C en février 1990
* 18.8°C à Boulogne (62) - ancien record 17.4°C en février 1961
16.2°C à Belle-Ile (56) - ancien record 14.6°C en février 2019 (la veille)

Le 26 février, l'air très doux a gagné le sud-ouest et l'ouest du Massif-Central, avec de nouveaux records à la clé :

* 23.0°C à Mende (48) - ancien record 22.8°C en février 1990
* 23.0°C à Aurillac (15) - ancien record 22.1°C en février 1998
* 22.3°C à Toulouse-Blagnac (31) - ancien record 22.1°C en février 1990
* 21.4°C au Puy-en-Velay (43) - ancien record 20.5°C en février 1990
* 19.9°C à Alençon (61) - ancien record 19°C en février 1960
* 19.5°C à Epinal (88) - ancien record 18.9°C en février 1990
* 19.0°C à Lille (59) - ancien record 18.9°C en février 1960
* 18.9°C à Boulogne (62) - ancien record 18.8°C en février 2019 (la veille)
* 18.6°C à Cambrai (59) - ancien record 17.5°C en février 2019 (la veille)
* 18.5°C au Touquet (62) - ancien record 18.5°C en février 1990 (égalé)

C'est le 27 février que le paroxysme de l'épisode a été atteint. Les records sont tombés les uns après les autres, parfois dès 14h. La carte ci-dessous récapitule l'essentiel des records mensuels battus en France, pour l'essentiel durant cette journée du 27 :




L'après-midi du 27 février s'est révélé le plus chaud depuis le début des mesures avec une moyenne nationale de 20.9°C, dépassant ainsi la journée du 28 février 1960 qui détenait le record.
Le record national de 31.2°C le 29 février 1960 à Saint-Girons dans l'Ariège reste en place mais cet épisode surpasse en étendue et en durée l'épisode de fin février 1960.
Au maximum durant cette journée du 27 février, il a été relevé 27.7°C à Eus dans les Pyrénées-Orientales (record pour le département).

L'épisode s'est définitivement clôturé le 28 février, dernier jour de l'hiver météorologique avec des records de douceur sur le sud-est :

* 24.6°C à Nîmes-Courbessac (30) - ancien record 23.8°C en 1933
* 23.4°C à Istres (13) - ancien record 23.3°C en 1960
* 23.0°C à Saint-Auban (04) - ancien record 22.4°C en 1960
* 23.0°C à Salon-de-Provence (13) - ancien record 22.8°C en 1998
* 22.4°C à Marseille-Marignane (13) - ancien record 22.1°C en 1990


Des records mensuels ou hivernaux historiques ailleurs en Europe
Cette fin février s'est également révélée historique ailleurs en Europe. 
Le Royaume-Uni a battu son record mensuel national avec 21.2°C à Kew Gardens (Londres) le 26 février. Jamais les 20°C n'avaient été franchis en hiver dans ce pays depuis le début des observations météorologiques. Cette valeur avait déjà été franchie le 25 février. 

La Suède a également battu son record mensuel national avec 16.7°C à Karshamn dans le sud du pays le 26 février.

Les Pays-Bas ont battu leur record national avec 20.5°C relevés à Arcens. Aux Pays-Bas, la majeure partie des stations du pays ont battu leur record mensuel. La journée du 26 février a été la plus douce journée d'hiver jamais mesurée à l'échelle nationale. Il a été relevé 18.5°C à Amsterdam Schiphol (ancien record 16.6°C en février 1990) mais également 19.7°C à Eindhoven18.9°C à DeBilt. En outre, le village d'Eelde a battu son record de plus de 2.5°C (!) avec 18.7°C, la station étant ouverte depuis près de 100 ans.

La Belgique a également battu son record national le 27 février avec 22.0°C à Dourbes.

La Hongrie a battu son record national le 28 février avec 23.5°C à Sarvas.

L'Autriche a battu son record national le 28 février avec 24.2°C à Guessing.

La Slovaquie a battu son record national le 28 février avec 20.6°C à Hurbanovo.

La Slovénie a battu son record national le 28 février avec 24.1°C à Gacnik.

Au Danemark, il a fait 15.8°C à l'aéroport d'Aarhus dans l'après-midi du 26 février. Cette valeur égale le record mensuel national de février 1990.

Plusieurs autres records sont tombés en Norvège (15.5°C à Svelgen, 18.7°C à Landsvik, à 0.2°C du record national de Norvège), en Suède (15.2°C à Karlshamn, 14.8°C à Ronneby, 9.1°C à Kvikkjokk) ainsi qu'en Espagne (25.6°C à Ourense, 24.3°C à La Corogne).


Un blocage remarquable et durable

Cette succession de journées exceptionnellement douces est liée à une situation de blocage remarquable, caractérisée par la présence durable de hautes pressions en altitude comme au sol sur une grande partie de l'Europe occidentale. Leur position génère une remontée d'air chaud en provenance du nord de l'Afrique jusque sur la France, avec constitution d'un dôme d'air chaud et très stable sur nos régions.
La structure dite en Omega de ce blocage, était caractéristique de ces situations à vague de chaleur, comme l'illustre le champ de courant-jet le 27 février :




Les deux cartes ci-dessous témoignent des anomalies enregistrées au cours de la seconde quinzaine de février (du 15 au 28 février 2019). On note sur la carte de gauche une forte anomalie anticyclonique en altitude centrée sur l'Allemagne ; celle-ci a constitué un véritable barrage face au flux océanique perturbé venu habituellement de l'Atlantique et assuré en conséquence un temps très sec et ensoleillé sur notre pays. Cette configuration a par ailleurs permis le maintien sur place d'un air anormalement chaud sur toute l'épaisseur de la troposphère. Ceci se traduit sur la carte de droite par une forte anomalie chaude à 850 hPa (vers 1500 mètres d'altitude), qui atteint ponctuellement +8°C en Mer du Nord. De fait, la période du 15 au 28 février 2019 est la plus chaude enregistrée à cette altitude au-dessus de la France depuis la fin des années 1940 (l'ancien record pour cette période, qui remonte à 1998, est pulvérisé de 2,5°C).



Les records absolus de chaleur vers 1500 mètres d'altitude (à 850 hPa exactement, soit à une altitude géopotentielle représentative des basses couches dans leur ensemble) ne seront toutefois pas battus en cette fin février 2019. Les records à cette altitude restent en effet fermement acquis à la fin février 1960, avec un pic jusqu'à 20°C dans le Golfe de Gascogne et 17°C sur les Hauts-de-France, contre 11 à 12°C "seulement" actuellement (voir les deux cartes ci-dessous).


L'ensemble est associé à des conditions particulièrement stables. Depuis la mi-février, le déficit d'instabilité latente atteint en effet -95%, soit une valeur quasi record pour cette période de l'année depuis près d'un siècle. Aucune activité orageuse n'a de fait été observée sur la France depuis le début de cette quinzaine.