L'hiver 2017-2018 a été plus instable que la normale sur la France et a connu des orages très fréquents, surtout en janvier.


Foudre sur Palavas-les-Flots (34) lors des orages du 8 janvier 2018 - Gwenael Hagen


Des orages remarquablement fréquents, surtout de la Manche au nord-est

Sur les trois mois d'hiver, la France compte 57 jours d'orage soit 17 jours de plus que la moyenne 2009-2017 et 27 jours de plus que l'hiver précédent. En effet, le mois de janvier a été remarquablement orageux en terme de fréquence avec à lui seul près de la moitié des jours d'orage comptabilisés durant l'hiver. 
 
Comme les deux hivers précédents, 16 jours d'orage ont été comptabilisés sur la Haute-Corse mais aussi sur la Corse-du-Sud durant ce trimestre et 14 jours sur la Seine-Maritime. Ces départements arrivent en tête des plus orageux en France durant cet hiver. A contrario, trois départements (Allier, Rhône et Paris) n'ont enregistré aucun jour d'orage.
 
Par rapport à la moyenne 2009-2017, c'est sur la Loire-Atlantique et le Finistère que l'anomalie est la plus marquée avec un déficit de 5 jours d'orage. On observe par ailleurs une anomalie négative (comme l'hiver précédent) sur le littoral de l'Atlantique. 
A l'inverse, les régions situées autour de la Méditerranée, sur le nord-est du pays et près de la Manche connaissent une anomalie positive, jusqu'à +7 jours d’excédent en Seine-Maritime, +6 jours sur l'Aisne et la Moselle. 
 
Les orages ont été ponctuellement forts durant l'hiver. On comptabilise en effet 6 jours avec orage fort et 4 avec orage violent et 1 avec orage extrême. Les critères ont été remplis en raison de violentes rafales sous orage au passage de traînes tempétueuses.

 

Nombre de jours d'orage (à gauche) et écart à la moyenne 2009-2017 à droite
 
 
 
Si l'on considère l'indice de sévérité orageuse (I.S.O.) moyen de cet hiver, le score ressort à 0,92, soit une valeur supérieure à la moyenne de ces 9 derniers hivers et plus de deux fois plus élevée que le score de l'hiver dernier. 


Un hiver très contrasté, mais globalement plus instable que la normale

A échelle nationale, cet hiver 2018 présente un excédent d'instabilité de 31%, ce qui contraste nettement avec l'hiver précédent, qui avait été particulièrement stable (déficit de 52%). Cet hiver se positionne ainsi en huitième position des hivers les plus instables de ces 30 dernières années. Cet excédent est toutefois principalement lié à un mois de janvier remarquablement instable ; décembre a pour sa part été dans la norme et février s'est même révélé moins instable que la normale.
 
C'est surtout aux abords de la région Rhône-Alpes que l'excédent est le plus significatif ; sur ce secteur, il faut remonter à l'hiver 1978-1979 pour retrouver un hiver plus instable. Partout ailleurs, l'anomalie instable est plus modérée, et le nord du pays achève la saison sur un bilan proche de la normale, voire faiblement déficitaire sur les départements de la Somme, de la Seine-Maritime et des Ardennes. Néanmoins, sur ces trois zones, c'est surtout le caractère très anormalement stable du mois de février qui compense les excès marqués de janvier ; elles n'ont de fait pas été exemptes d'activité orageuse malgré ce léger déficit en moyenne saisonnière.



Anomalies de MUCAPE (instabilité)
 
 

Quels régimes de temps ont dominé cet hiver ?

En moyenne, sur ces trois mois, des conditions régulièrement perturbées ont dominé sur l'Europe de l'ouest en général. En altitude, les hautes pressions sont restées solidement installées entre Etats-Unis et Açores d'une part, et entre Russie et régions polaires d'autre part. Dans ce contexte, c'est un flux perturbé de secteur ouest qui a prédominé en moyenne sur la France, avec des intrusions d'air polaire ponctuelles. Seul le mois de février a vu des situations de blocage plus durables se mettre en place, avec des périodes de flux continental froid et sec, en particulier durant la dernière décade de février, qui s'est dès lors révélée particulièrement stable.

Si l'on se place à plus haute altitude, vers 10.000 m, on constate la prédominance d'un rapide flux zonal sur le nord de l'Atlantique, le long d'un axe Terre-Neuve / France
. Cette position du courant-jet a favorisé les successions de perturbations sur la France, notamment entre décembre et janvier.


Anomalie des géopotentiels à 500 hPa (à gauche) et des vents zonaux à 300 hPa (à droite)
 
 

Un hiver assez frais en altitude

Les deux cartes ci-dessous présentent l'anomalie du MULI (instabilité de la masse d'air) et de la température à 850 hPa (vers 1.500 mètres d'altitude) durant l'hiver 2018.

On remarque que l'excédent d'instabilité observé en France (teintes orange/rouge sur la carte ci-dessous à gauche) a concerné la majeure partie du continent européen. Cette vaste zone d'instabilité est principalement liée à des successions de traînes actives en décembre et janvier, consécutives à des intrusions régulières d'air polaire en altitude.
 
Au niveau de la température de la masse d'air, la carte ci-dessous à droite met en évidence une anomalie négative d'environ 1°C de la France à la Pologne à 850 hPa (soit vers 1.500 m d'altitude) durant cet hiver. Dans le détail, sur la France, décembre a été déficitaire de 1,4°C, janvier excédentaire de 1,2°C et février déficitaire de 3,4°C. Il faut remonter à 2005 pour trouver un mois de février plus frais, en moyenne, sur la France, à 850 hPa. L'anomalie froide s'est surtout accentuée à la fin du mois de février et des records quotidiens de froid à 850 hPa ont même été battus les 26 et 27 février ; ainsi, ces deux journées enregistrent une température moyenne nationale respective de -9,7°C et de -13,2°C , soit du jamais vu pour une fin février depuis au moins un siècle.
 
 Anomalie des MULI (à gauche) et des températures à 850 hPa (à droite)