Des orages forts ont éclaté le soir du lundi 7 août en Aquitaine, avant de progresser la nuit suivante sur le Massif Central, la vallée du Rhône puis les Alpes. On déplore plusieurs blessés suite à un foudroiement dans la Vienne.



Grêle et fortes pluies sous supercellules puis MCS

La journée du lundi 7 août a été dominée dans un premier temps par des orages préfrontaux ponctuellement modérés, qui se sont formés à l'aube aux abords des Landes, avant de progresser vers le Massif Central. Ces orages, assez peu organisés mais persistants, ont notamment provoqué un accident sévère par foudroiement dans le département de la Vienne aux environs de 19 heures. Un groupe de 16 jeunes qui séjournait dans le camping d'un centre de plein air situé sur la commune de Lathus a en effet été frappé par la foudre, blessant 8 d'entre eux, dont un très sérieusement.

L'activité orageuse s'est ensuite renforcée sensiblement en soirée, à partir du sud de l'Aquitaine. D'abord sous la forme de supercellules bien structurées qui ont notamment balayé les Pyrénées-Atlantiques, les Landes et le Gers, les orages se sont ensuite organisés sous la forme d'un puissant système convectif de méso-échelle (MCS, pour Mesoscale Convective System), qui a balayé l'Occitanie d'ouest en est en cours de nuit. Ce MCS a finalement développé une structure à dominante linéaire très active sur le sud du Massif Central, puis a franchi la vallée du Rhône en fin de nuit pour gagner rapidement les Alpes, en provoquant localement des rafales de vent comprises entre 80 et 110 km/h.
Plusieurs autres foyers orageux se sont ensuite formés à l'arrière en début de journée du mardi 8 août pour concerner de nouveau un axe Massif Central - Alpes.

Ces orages ont produit des chutes de grêle qui ont atteint localement 3 cm de diamètre ainsi que des pluies abondantes, notamment sur le Massif Central et sur les Alpes. Plus de 30 mm de pluie sont ainsi tombés en quelques heures le matin du 8 août sur les stations d'Annecy et de Chambéry.

Ci-dessous, image radar du soir du 7 août, avec supercellules en activité sur les Pyrénées-Atlantiques et sur l'est des Landes :

40.000 éclairs en quelques heures

Près de 40.000 éclairs ont été détectés par le réseau Blitzortung durant la nuit du 8 au 9 août. Au cours de l'épisode, ce sont les départements de l'Isère, de la Lozère et de la Haute-Loire qui ont été les plus foudroyés, tandis que les Pyrénées-Atlantiques s'illustrent par un très fort foudroiement en début d'épisode (amorçage par supercellules).

La carte ci-dessous présente la synthèse de l'activité foudre de l'épisode. On note bien la progression des orages du sud-ouest vers le nord-est, avec une densité de foudroiement très élevée en matinée du 8 août sur la région Rhône-Alpes (couleur rouge) :


Des orages provoqués par l'arrivée d'une goutte froide

Cette forte dégradation orageuse a été pilotée par un thalweg d'altitude en approche rapide par la façade Atlantique. Ce thalweg a été très marqué en haute troposphère, comme l'illustre le champ ci-dessous à gauche, issu du modèle WRF 10 km Europe de Keraunos. On y note la présence d'une puissante branche de courant-jet étirée le long d'un axe Aquitaine - Hauts de France, avec des vitesses de vent supérieures à 180 km/h à 250 hPa. On retrouve le même thalweg à l'étage moyen (ci-dessous à droite), bien alimenté en air froid et suivi par une goutte froide mobile en cours de migration depuis l'Islande vers l'Irlande.


La présence conjointe d'advections d'air très chaud et très humide en basses couches en provenance de Méditerranée, identifiables par des thêta'w de 15 à 20°C à 850 hPa sur le champ ci-dessous à gauche, a généré une instabilité latente marquée, avec une MUCAPE qui a parfois dépassé 1000 J/kg en pleine nuit (ci-dessous à droite).


L'ensemble a fourni les ingrédients nécessaires à la mise en place de cet épisode orageux actif.