Le 23 juillet 1906, dans l'après-midi, le torrent de Charmaix, gonflé par une pluie d'orage torrentielle, envahit le village de Fourneaux, situé dans la vallée de la Haute-Maurienne (Savoie). Les dégâts sur le village sont considérables. Grâce à de nombreux actes de dévouement, le pire a été évité et seul un corps sans vie aurait été retrouvé. Cette catastrophe présente de grandes similitudes avec celle de Bozel, survenu deux auparavant, le 16 juillet 1904, dans le même département.

Crue éclair du torrent de Charmaix

La journée du 23 juillet 1906 est très chaude, à l'instar des jours précédents. Sur les hauteurs de Fourneaux, une commune limitrophe avec Modane (Savoie), un orage très pluvieux éclate. Il gonfle les eaux du torrent de Charmaix qui, après avoir rompu une digue, se déverse dans le village et jusqu'à la voie de chemin de fer.

La crue éclair est annoncée par un bruit formidable. La population, prise de panique, se réfugie dans les étages supérieurs des habitations. Le torrent en crue charrie une quantité impressionnante de boue et de rochers.

Dégâts considérables

Au total, une cinquantaine d'habitations sont endommagées ou rayées de la carte. Le presbytère a eu de la boue jusqu'au premier étage. L'église renferme une couche de 50 centimètres de vase. Le cimetière est dévasté, et des tombes ont été emportées.

La scierie Gotteland a également été entièrement dévastée.

La voie ferrée est obstruée sur plusieurs centaines de mètres, par un amoncellement de gravas. Plusieurs semaines de travail sont nécessaires à sa remise en exploitation. Environ 600 hommes de troupes sont occupés au déblaiement afin de rétablir la circulation ferroviaire entre la France et l'Italie.

Par endroits, il s'est formé des amas de terre ou de gravier de 10 mètres de haut, que le courant a entraînés dans sa course furieuse. Les dégâts sont estimés entre 1 et 2 millions de Francs.

Enfin, on évalue à 100 000, voire à 200 000 mètres cubes, la quantité de boue et de gravats qui ont été entraîné par le torrent.
 

Actes de dévouement

Bien que les sources divergent sur ce point, il semblerait qu'un seul corps sans vie ait été retrouvé.

Plusieurs dizaines de personnes ont en effet rapidement pu être secourues, grâce à de nombreux actes de courage et de dévouement menés par des gendarmes ou des soldats.

Galerie photographique

Les images illustrent bien le caractère exceptionnel de cette crue qui a parfois éventré ou rasé des habitations entières:
 
                 
 
                 
 
                 
 
 

Contexte météorologique du 23 juillet 1906

Une dorsale anticyclonique recouvre la France. La masse d'air associée est très chaude et les températures sont caniculaires sur le bassin méditerranéen. Cette situation est propice à des déclenchements orageux en montagne en cours de journée. Souvent peu mobiles, ces orages peuvent être à l'origine de crues éclairs.

Dans les Alpes, la chaleur est bien présente et le thermomètre affiche un maximum de 28,3°C à Genève*.

 
 
 
 

Coupure de presse

L'Indicateur de la Savoie, dans son édition du 28 juillet 1906, évoque le phénomène. En voici un extrait:

La catastrophe de Modane

La catastrophe de Modane a causé des dégâts considérables.

Le torrent de Charmaix furieusement débordé, après avoir inondé le village des Fourneaux où il a détruit plusieurs maisons, entre autres une scierie, a roulé sur la route et la voie du chemin de fer, entre La Praz et Modane, une véritable montagne de terre, cailloux et rochers, qu'on peut évaluer à 100 000 mètres cubes.

Toutes communications par voie ferrée et par route sont Interrompues avec l'Italie.

Il ne faudra pas moins d'une quinzaine de jours pour rétablir la circulation.

Sources

Les données suivies d'un astérisque proviennent du Bureau Central Météorologique.