Le 16 juillet 1904, dans la soirée, le village de Bozel (Savoie) est envahi par le torrent de Bonrieu, entré subitement en crue suite à un orage diluvien. La force du courant est telle que la moitié du village est recouvert par les eaux. Le bilan est très lourd: au moins 15 morts, et un certain nombre de disparus. Le 23 juillet 1906, une catastrophe similaire se produit dans la vallée de la Maurienne, à Fourneaux, près de Modane, également en Savoie.

Crue éclair du torrent de Bonrieu

La journée du 16 juillet 1904 est très chaude dans les vallées alpines. Cette situation perdure depuis plusieurs jours.

Dans la soirée du 16 juillet, vers 20 heures, l'orage gronde sur le massif du Mont-Jovet. Les habitants de Bozel, parmi ceux qui ne dorment pas encore, profitent du rafraîchissement de l'air.

Soudain, le torrent de Bonrieu, alimenté par une multitude de ruisseaux gonflés par l'orage, entre en crue. La masse d'eau, qui descend du Mont-Jovet en direction de Bozel, est annoncée par un bruit assourdissant. En quelques minutes, le village de Bozel est envahi par le torrent qui charrie une quantité impressionnante de boue fangeuse et de blocs de rochers.

Dégâts considérables

La moitié du village de Bozel est sinistrée. Un amoncellement inextricable de boue, de blocs de pierre, d'arbres, de poutres et de murailles a envahi plusieurs rues. Un certain nombre d'habitations sont enfouies dans la boue ou éventrées.

Plusieurs moulins et scieries, situés sur le passage du torrent, ont été démolis. Tel est également le cas de la maison Perret, bâtie à proximité du torrent, près de la rue de l'église, et dont il ne reste aucune trace.

Le bilan de la catastrophe est très lourd: on compte au moins 15 morts et de nombreux disparus; la plupart des victimes ont été surprises durant leur sommeil ou n'ont pas pu échapper au torrent.

Deux compagnies du 158° d'infanterie, ainsi que les pompiers de Bozel et de Moûtiers ont dû travailler au déblaiement des rues pendant plusieurs jours. Des cadavres ont été retrouvés plusieurs jours après la catastrophe.
 

Galerie photographique

Les images illustrent bien le caractère exceptionnel de cette crue qui a parfois éventré ou rasé des habitations entières:
 
                 
            

Contexte météorologique du 16 juillet 1904

Une dorsale anticyclonique recouvre la France. La masse d'air associée est tropicale et les températures sont caniculaires sur une grande partie du pays. Cette situation est propice à des déclenchements orageux en montagne en cours de journée. Souvent peu mobiles, ces orages peuvent être à l'origine de crues éclairs.

Dans les Alpes, la chaleur est bien présente et le thermomètre affiche un maximum de 31,9°C à Genève. Ailleurs, en France, les températures maximales sont caniculaires: 33,2°C à Paris* (Parc de Saint-Maur), 33,7°C à Toulouse* et 36,0°C à Lyon* (observatoire de Saint-Genis-Laval).

Par ailleurs, une cote pluviométrique de 35 mm est relevée à Forcalquier* (Basses-Alpes, aujourd'hui Alpes de Haute-Provence).

 
 
 
 

Coupure de presse

L'Indicateur de la Savoie, dans son édition du 23 juillet 1904, évoque le phénomène. En voici un extrait:

Catastrophe en Tarentaise

Le 16 juillet, vers 8 heures, un épouvantable orage qui prit rapidement la violence d'un cyclone, s'est abattu sur la région.

Peu après, le bourg de Bozel a été envahi par les eaux d'un torrent sorti de son lit. La moitié du bourg a été détruit.

Bozel est un chef-lieu de canton qui compte 1 316 habitants. Il fait partie de l'arrondissement de Moûtiers.

Le torrent de Bozel, qu'on appelle dans le pays le Bonrieu roule en temps ordinaire une grosse masse d'eau parce qu'il reçoit les torrents de grands et nombreux glaciers. Il a 45 kilomètres de cours et s'augmente, au dessus de Bozel, du torrent de Prémou.
Les habitants, surpris en grand nombre pendant leur sommeil, n'ont pu tous s'enfuir. Les pompiers et les troupes envoyées d'urgence sur les lieux se sont livrés à des recherches actives dans les décombres.

On a retrouvé jusqu'ici 15 cadavres.

La moitié des habitations sont écroulées dans la boue.

La désolation est profonde. La plupart des habitants sont sans abri, et ont tout perdu.

Avant l'arrivée des troupes, les pompiers ont fait preuve d'un courage héroïque.


Sources

Les données suivies d'un astérisque proviennent du Bureau Central Météorologique.